[CHRONIQUE] Eh coucou Les Loulous ! Avec Le Bibou, nous nous sommes enfin attaqués à un grand classique de la littérature américaine : "L’Attrape-cœurs" de J. D. Salinger. Et alors là… comment vous dire ? On connaissait évidemment le titre, on en avait entendu parler, mais il aura fallu attendre maintenant pour faire réellement la connaissance de ce fameux Holden Caulfield. Et autant vous prévenir tout de suite : Holden, c’est un personnage qui ne laisse pas vraiment indifférent !
Nous voilà donc avec un adolescent de 17 ans, élève dans un pensionnat, qui vient de se faire renvoyer de son lycée juste avant les vacances de Noël. Jusque-là, rien de franchement extraordinaire, sauf que monsieur décide de ne surtout pas rentrer directement chez lui et préfère partir quelques jours à New York, histoire d’éviter d’annoncer la nouvelle à ses parents. Et nous voilà donc embarqués avec lui pour trois jours d’errance dans la grande ville.
Et Holden, c’est quelque chose ! Il râle, il critique, il juge, il trouve les gens faux, hypocrites, superficiels… Bref, à l’entendre, absolument tout le monde est « bidon » ! Il n’aime pas grand-chose, ne semble pas savoir ce qu’il veut faire de sa vie et passe son temps à se contredire. Il cherche la compagnie des autres tout en supportant assez mal leur présence. Il veut être indépendant mais ne cesse finalement de chercher quelqu’un à qui parler. Il veut grandir, mais en même temps, il voudrait pouvoir empêcher le monde de changer.
Et c’est probablement là que réside tout l’intérêt du personnage.
Parce que derrière son côté râleur, provocateur et parfois franchement agaçant, on découvre surtout un adolescent profondément paumé. Holden est en plein mal-être et tente de donner le change avec son humour, son langage très familier et cette façon de prendre tout à la légère. Mais plus on avance, plus on comprend que quelque chose de beaucoup plus profond se cache derrière cette façade.
Et notamment derrière son obsession pour son petit frère Allie.
Allie est mort quelques années auparavant et ce décès a profondément marqué Holden. Il conserve notamment un souvenir très précieux de lui, et on comprend rapidement que ce deuil n’est absolument pas digéré. C’est d’ailleurs un aspect du roman que j’ai trouvé particulièrement intéressant, parce que Salinger ne nous balance pas simplement « Holden est triste » : il nous fait entrer directement dans sa tête et nous laisse découvrir petit à petit ce qui le ronge.
Et alors, sa façon de raconter son histoire… pfiou !
On est vraiment dans un langage oral, spontané, parfois vulgaire, avec des répétitions, des digressions et des changements de sujet qui donnent presque l’impression qu’Holden est assis en face de nous en train de nous raconter tout ça. Ça peut déstabiliser au début, surtout si on s’attend à une écriture plus classique, mais finalement, ça colle parfaitement au personnage.
Parce que Holden, il parle comme il pense.
Et autant vous dire qu’il pense beaucoup !
Pendant ces trois jours, il va multiplier les rencontres et les expériences : des sorties, des bars, le théâtre, des connaissances, des personnes qu’il apprécie, d’autres qu’il ne supporte pas… Il cherche visiblement quelque chose sans vraiment savoir quoi. Il erre dans New York comme il erre finalement dans sa propre vie.
Et puis il y a cette fameuse histoire des canards de Central Park.
Cette question qu’Holden pose encore et encore : où vont les canards lorsque le lac est gelé ?
Alors oui, dit comme ça, on pourrait se demander ce qu’il nous fait avec ses canards ! 😂 Mais derrière cette drôle de question se cache finalement quelque chose de beaucoup plus profond. Holden cherche à savoir ce qu’il advient des êtres lorsqu’ils ne peuvent plus rester là où ils sont. Et finalement, n’est-ce pas exactement la question qu’il se pose lui-même ?
Où aller quand on ne sait plus où est sa place ?
Et là, franchement, on commence à comprendre un peu mieux le garçon derrière le personnage.
Il y a également sa petite sœur Phoebe, et alors elle… C’est probablement l’un des personnages qui m’a le plus touchée. Parce que malgré toutes ses contradictions, Holden aime profondément sa petite sœur. Avec elle, son armure tombe un peu. Il est plus tendre, plus sincère et surtout beaucoup moins dans le jugement.
C’est d’ailleurs grâce à Phoebe que le titre du roman prend tout son sens.
Holden imagine qu’il pourrait devenir celui qui empêcherait les enfants de tomber dans le vide alors qu’ils jouent dans un champ de seigle. Une image assez étrange au premier abord, mais qui représente finalement parfaitement ce qu’il voudrait faire : protéger les enfants, les préserver de la chute, de la perte de l’innocence, de tout ce qui les attend lorsqu’ils grandissent.
Et là, on comprend que derrière son rejet du monde adulte, Holden cherche surtout à préserver quelque chose.
Son enfance.
Son innocence.
Ses souvenirs.
Et peut-être aussi les personnes qu’il aime.
C’est finalement un roman sur le passage à l’âge adulte, mais pas forcément sous la forme que l’on pourrait imaginer. Ici, pas de grande transformation spectaculaire, pas de héros qui sort de son aventure avec toutes les réponses à ses questions. Au contraire. Holden est complètement paumé et ses trois jours d’errance vont surtout nous montrer ses fragilités, ses contradictions et son incapacité à trouver réellement sa place.
Et c’est là que j’ai parfois eu un peu plus de mal.
Parce qu’on ne va pas se le cacher : Holden peut être franchement agaçant ! 😅
Ses jugements permanents, ses contradictions, son côté « tout le monde est nul sauf moi » peuvent parfois taper un peu sur le système. On comprend son mal-être, on comprend ses blessures, mais cela n’empêche pas certaines de ses réactions de nous faire lever les yeux au ciel.
Et en même temps… c’est probablement justement ce qui rend le personnage aussi intéressant.
Parce qu’Holden n’est pas un héros parfait.
Il est contradictoire, immature, drôle, triste, tendre, agaçant, généreux, perdu… bref, profondément humain.
On peut avoir envie de lui dire « mais secoue toi un peu ! » tout en ayant, quelques pages plus loin, envie de lui faire un gros câlin. 😂
J’ai également trouvé certains passages un peu plus longs et certaines errances d’Holden peuvent donner l’impression que l’histoire tourne parfois en rond. Mais finalement, c’est aussi ce qui permet de ressentir son état d’esprit. On tourne en rond avec lui parce que lui-même tourne en rond dans sa tête.
Et puis il y a la fin, qui apporte une autre lecture à tout ce que nous venons de vivre. On comprend alors que Holden raconte cette histoire depuis un lieu où il est pris en charge, et que ces quelques jours à New York constituent finalement le récit d’un adolescent en pleine période de fragilité.
Et là, certains éléments prennent encore davantage de sens.
Avec Le Bibou, nous avons donc une impression assez particulière de cette lecture. Nous avons aimé découvrir ce classique et surtout comprendre pourquoi Holden Caulfield est devenu un personnage aussi emblématique. Mais ce n’est pas forcément un livre dans lequel nous nous sommes totalement retrouvés, notamment à cause du comportement parfois très agaçant de notre jeune narrateur.
En revanche, impossible de nier que Salinger a créé une voix singulière et un personnage qui continue, des décennies après la publication du roman, à nous interroger sur l’adolescence, la solitude, le deuil, l’hypocrisie que l’on perçoit chez les adultes et cette difficulté à trouver sa place lorsqu’on est entre deux âges.
Bref, "L’Attrape-cœurs", c’est l’histoire de trois jours dans la vie d’un adolescent qui fuit son lycée, erre dans New York et cherche finalement beaucoup plus qu’un simple endroit où passer le temps. C’est un roman qui parle de grandir, de perdre, d’aimer, de se sentir différent et surtout de chercher désespérément un endroit où l’on pourrait enfin avoir l’impression d’être à sa place.
Et même si nous n’avons pas eu un énorme coup de cœur, nous sommes contents d’avoir enfin découvert ce classique.
Parce que parfois, mieux vaut tard que jamais, hein ! 😉
Et Holden, avec ses canards, sa casquette rouge, ses « bidons » à répétition et toutes ses contradictions, restera certainement un personnage que nous ne sommes pas près d’oublier.
Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J. D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d'œuvre, "L'attrape-cœurs", roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu.






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